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22/05/2005

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Réponse aux socialistes qui sont séduits par l'économie de marché


Ces derniers temps, référendum oblige, il est possible de trouver des articles de socialistes défendant les principes de l'économie de marché. Ainsi peut-on lire «  Le principe fondamental qui guide cette politique [économie de marché] est qu’il faut adopter, dans la mesure du possible, la mise en concurrence et ne pas fausser celle-ci afin que le bien–être social des acteurs économiques en soit augmenté : les consommateurs verront les prix baisser (comme dans les télécoms par exemple) et une plus grande quantité de biens sera consommée engendrant ainsi croissance économique et surplus de bien-être .. ». Nous ne partageons pas cette vision, quelque peu idyllique, et il nous semble important d'en expliquer les raisons.

Il faut d'abord rappeler les trois conditions qui permettent à un marché d'atteindre l'équilibre :

1) les producteurs sont indépendants les uns des autres (pas d'entente entre eux),

2) à tout moment un nouveau producteur peut entrer sur le marché,

3) l'information des clients est parfaite (c'est à dire libre accès à toutes les caractéristiques des produits de tous les producteurs).

Il n'y a pas lieu de réfléchir bien longtemps pour comprendre que ces conditions ne sont jamais remplies. La régulation automatique par le marché (la main invisible) n'est donc pas possible, ce n'est qu'une utopie. Or en absence de règles, c'est la loi du plus fort qui l'emporte. Si le plus fort est bienveillant, le marché s'équilibre, s'il est malveillant il profitera de sa puissance et on sera bien loin de l'équilibre. La régulation des marchés est un processus qui reste donc dépendant de l'Homme. Comme la période récente, qualifiée de capitalisme financier, incite fortement les acteurs à profiter de leur position, de nombreux marchés sont fortement déséquilibrés.

On peut se demander, alors, comment autant de personnes à droite, peuvent répandre une vision aussi dogmatique de l'économie de marché, si ce concept est aussi irréaliste. Y-croient ils vraiment ? En analysant les politiques menées, on se rend compte qu'ils ont trop souvent appliqué le principe de privatisation des bénéfices et de nationalisation des pertes - Crédit lyonnais, France Telecom, Alsthom - pour pouvoir être crédible dans leur croyance. Or cela signifie que le dogme n'est qu'une façade, l'arbre qui cache la forêt, pour accomplir un but caché, beaucoup moins avouable.

Pour comprendre l'objectif caché, il faut se replonger dans l'histoire, et étudier les sociétés de classes. Ainsi, on constate, que depuis le début de l'humanité, le premier grand traumatisme qu'ont connu les classes dominantes est la Révolution Française, qui a reconnu l'égalité des droits. Le prolongement de cette volonté d'égalité s'est traduite par deux revendications fondamentales, fondatrices du socialisme : une redistribution équitable des richesses, et une mutualisation des domaines vitaux (éducation, santé, retraite, revenu minimum,...). Penser que les adeptes des sociétés de classes se laisseraient impressionner par 200 ans d'histoire comparés au 7000 ans qu'ils ont connus serait bien naïf. C'est donc de manière très habile qu'ils ont récupéré le concept d'économie de marché pour leurs propres fins. Car, à notre sens, l'économie de marché n'est qu'un cheval de Troie, qui doit permettre le retour à un système s'apparentant à l'ancien régime. Déclarer que les citoyens sont libres et égaux en droits ne dépasse pas le stade des bonnes intentions si les structures politiques et sociales garantissant ces principes (qui intrinsèquement fausse des marchés), ne peuvent exister. En imprimant dans l'esprit des citoyens que c'est la loi naturelle (c'est à dire la loi du plus fort) qui doit réguler les rapports entre les personnes et que un dollar est égal à une voix, il ancre les principes fondateurs de la société d'ancien régime. En justifiant de fait les déréglementations et la destruction des différentes solidarités nationales, il ramène les citoyens, lentement mais sûrement, 200 ans en arrière.

Si on analyse le rôle de l'Etat que nous réserve les dogmatiques du marché, on constate qu'il ne conserve que trois compétences : la justice, la police et l'armée. C'est à dire exactement les compétences que possédait l'Etat pendant l'ancien régime. Remarquons au passage, qu'une économie de marché est censée aboutir à terme à la suppression de l'Etat, nouvelle preuve – pour ceux qui en doutent encore - que les chantres de l'économie de marché ont des desseins bien différent de ce qu'ils prétendent.


Nous sommes donc dans sorte de contre Révolution Française qui aboutira si rien n'est fait à la restauration d'une nouvelle société de classe, très proche de l'ancien régime. Un néo moyen-age, high-tech, mais tout aussi obscur. C'est une partie d'échec qui se joue, et il convient d'être vigilant car les moyens médiatiques et financiers de l'adversaire sont colossaux. Nous avons deux atouts en notre possession, mais ils sont contrés de manière très habiles.

Le premier est le nombre et notre capacité à collaborer pour atteindre un but commun. Il est contré par l'individualisation des citoyens via la suppression des structures collectives et à travers la mise en concurrence des citoyens. L'autre devient un ennemi, qu'il convient de combattre pour sa survie.

Le deuxième est d'avoir la Raison comme guide – même s'il peut nous arriver, parfois, de perdre le guide. Mais, en limitant l'éducation de masse (enseignement minimum, diffusion d'émissions à faible niveau intellectuel) et en se servant de la religion, qui possède toujours cette incroyable capacité à être pervertie en destructeur de Raison, cet atout s'efface.



Il est fondamental de comprendre les objectifs de l'adversaire, afin de mieux définir sa stratégie. Dans le cas contraire le risque de se faire manipuler est important. Les grands prêcheurs de l'économie de marché ne sont que des illusionnistes – des charlatans - qui font baisser notre garde. Si dans les décennies précédentes, les marchés étaient assez bien équilibrés c'est que les personnes qui étaient en position de force avaient des attitudes globalement loyales et bienveillantes. Croire qu'en dérèglementant les marchés, en augmentant la concurrence et en demandant à chacun de rechercher uniquement son bien-être individuel, on arrivera à un optimum du bien-être collectif, relève de la foi ou de la fantaisie, pas de la Raison.