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Ségo ou Sarko ?


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Comme beaucoup de Français, vous vous demandez peut-être pour qui voter. Voilà quelques bribes de réflexions concernant deux des principaux candidats.


D'abord il ne faut pas minimiser l'enjeu. La France est la 6ième puissance économique du monde, 5ième armée dotée de l'arme atomique, ancien empire colonial ; elle a une force diplomatique très importante grâce à son droit de véto à l'ONU. Le président Français fait parti des acteurs importants de la scène internationale.


I) Le monde

Le monde est entré dans une nouvelle période. Nous sortons de 500 ans de domination sans partage de l'Europe et (plus récemment) des Etats-Unis. De nouvelles puissances ont fait leur apparition et le prestige de l'Amérique, l'arme absolue de la guerre froide, s'est fortement dégradé après la chute du mur de Berlin (dans ce cadre GW Bush aura certainement accéléré le processus). La disparition d'un hyper-gendarme sur la planète combiné à une augmentation des nationalismes et à une pénurie des matières premières, crée de nombreuses zones de tensions à travers le monde. Dans ce contexte, pour que le monde puisse basculer dans cette nouvelle ère sans conflit majeure, il est important de choisir un président qui sera capable d'établir des liens de confiances et de respects mutuels avec les autres pays. A cet égard le candidat Sarkosy ne semble pas très adéquate et même en rupture avec l'actuel président. Sa prise de position sur la guerre du Liban semble montrer une certaine proximité avec les néo-conservateurs américains, proximité confirmée lors de sa visite aux Etats Unis. De même que sa prise de position en faveur de la guerre en Irak (confirmée par une phrase récente « finalement c'était une erreur »). Sa vision manichéenne du monde et ses penchants nationalistes, conduisent à penser que sa présidence sera source d'instabilité et renforcera la théorie du choc des civilisations. Une vision humaniste, respectueuse des civilisations, tout en étant ferme sur les valeurs, comme semble vouloir faire la candidate Royal, est plus approprié pour aider le monde à s'apaiser.


II) L'Europe

L'Europe est à un carrefour de son histoire. Dans deux domaines très important elle va devoir faire des choix. Le premier domaine concerne l'économie. Soit l'Europe s'engage vers une harmonisation fiscale et sociale orientée vers le haut (le sens du résultat du référendum sur la constitution), soit elle reste une zone de concurrence fiscale et sociale qui se fondra avec le temps dans la mondialisation. La candidate Royale s'est clairement prononcée pour la première solution, le candidat Sarkosy semble se satisfaire de la seconde.

L'autre domaine fondamental concerne les frontières Européennes. Pour montrer que l'Europe n'est pas un club des chrétiens, pour réaliser un pont avec l'islam, il est fondamental d'accueillir la Turquie dans l'Union. Le refus catégorique du candidat Sarkosy attise les haines. On trouve plus de signes d'ouvertures du coté de la candidate Royal.


III) La France

Le défit que doit relever la France est d'arriver à s'adapter au monde sans y perdre son âme, se réformer sans que les mots liberté, égalité, fraternité et laïcité soient vidés de leur contenu. On retrouve chez de nombreux citoyens une volonté d'avoir plus de justice, plus de civisme et une vision collective de l'avenir. Or ces aspirations sont incompatibles avec l'idéologie dominante colportée par la mondialisation : individualismes, concurrence entre les personnes ; elles rentrent en conflit avec la loi du marché.

Dans ce domaine le projet du candidat Sarkosy semble à contre courant des aspirations des Français. « Je vais tout mettre en oeuvre pour que quand vous rentrerez vous ne soyez pas dépaysés » voilà ce qu'il a dit devant des Français installés aux Etats-Unis. Le but est l'application du modèle anglo-saxon, pays magique où les personnes fragiles non seulement ne se plaignent pas mais se sentent coupables, où les classes moyennes font des prêts sur 50 ans pour louer un terrain à la reine, où les solidarités communautaires ont en parti remplacés les solidarités nationales et où les universités prestigieuses ne sont toujours pas mixtes. C'est une rupture totale avec l'Histoire française, ou du moins l'histoire récente, car si on doit rechercher un point commun à tous les présidents de la Vième république, c'est bien une certaine opposition aux anglo-saxons. Or il ne faut pas jouer aux apprentis sorciers. La France n'est pas le Royaume Uni, il n'y a pas de liant ethnique et religieux. Le liant c'est la république et les solidarités nationales. Si on bascule vers le chacun pour soi, la France n'aura plus vraiment de raison d'être.

Dans ce contexte, la candidate Royal semble bien plus apte changer la France sans lui faire perdre son âme, à prendre ses distances avec la loi du marché. Grâce à une meilleure capacité d'écoute elle devrait plus facilement établir des consensus.


IV) L'urgence écologique

Le candidat Sarkosy, depuis déjà trois qu'il fait campagne n'a jamais parlé d'écologie. En opposition la candidate Royal a toujours accordé une place importante à l'écologie, dans les discours et dans les actes.


Pour finir quelques que mots sur la singularité de l'électorat du candidat Sarkosy. Divisé en deux grands blocs, on trouve d'un coté des personnes assez privilégiées, impliquées dans des cercles de pouvoir, qui ont des intérêts financiers ou éventuellement de carrière à son élection ; et de l'autre coté, on trouve des personnes plutôt pauvres faiblement instruites. Ces deux blocs antinomiques se retrouvent dans la volonté d'appliquer au pays le modèle économique et social dominant. Espérons que ce ne soit pas uniquement par intérêt pour les uns et par ignorance pour les autres.