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10/06/2003

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Les dessins du MEDEF

Si beaucoup de Français sont intimement convaincus que le MEDEF est leur principal ennemi, bien peu connaissent les réels objectifs de cette organisation. Il convient donc d'apporter des éclaircissements.

Pour bien comprendre les objectifs du MEDEF, il faut bien comprendre ce qu'ils sont, et surtout ce qu'ils ne sont pas.

Ainsi, contrairement à ce que l'on pourrait penser, le MEDEF n'est pas un mouvement libéral, grand défenseur de l'économie de marché. En effet si c'était le cas, ce mouvement se battrait haut et fort pour défendre les trois conditions qui permettent - en théorie - au marché de se réguler. A savoir :

- l'indépendance entre les producteurs (pas de monopole),

- la possibilité à un nouveau producteur d'arriver sans entrave sur un marché existant,

- le libre accès à l'information pour les consommateurs.

Or, qui a entendu le MEDEF se prononcer une seule fois contre le monopole de Microsoft qui possède 98% du marché mondial des systèmes d'exploitation ? Qui a entendu le MEDEF condamner les ententes entre les différentes stations services sur les autoroutes Françaises ? Qui a entendu le MEDEF critiquer les situations de monopole de Vivendi pour le traitement de l'eau ? Qui a entendu le MEDEF condamner le monopole des concessionnaires automobiles ? Qui a entendu le MEDEF condamner le rapport de force entre les agriculteurs et l'industrie agro-alimentaire ? Qui a déjà entendu le MEDEF faire des propositions pour faciliter la création d'entreprise ? Est-ce que le MEDEF à condamné la suppression des aides accorder aux créateurs d'entreprises ? Est-ce que le MEDEF a demandé officiellement que les banques se tournent plus vers le capital risque pour faciliter l'émergence de nouvelles entreprises ? Est-ce que le MEDEF défend les associations de consommateurs pour faciliter l'accès à l'information des citoyens ? Est-ce que le MEDEF s'est battu pour augmenter la traçabilité de fabrication des produits, pour permettre, là encore, une meilleure information des consommateurs ?

Toutes les question de cette liste - non exhaustive - ont malheureusement une réponse négative.

Il devient alors légitime de se demander quel système économique le MEDEF défend, car les faits montrent qu'il ne défend pas toujours le système qu'il prétend soutenir.

Or, quand une personne ou un groupe d'individus se réclament d'une certaine idéologie, mais que dans les faits, l'idéologie n'est pas toujours suivie, l'histoire nous a montré que l'unique but de l'idéologie est de masquer une prise d'intérêts privés. Comme le MEDEF est le club des plus grandes fortunes de France, il est logique d'en déduire que son but est tout simplement d'augmenter le capital des ses partisans, pour accroître leur richesse et leur capacité d'influence.

Les têtes pensantes de l'organisation se sont donc posé cette question : "Quel système économique serait optimal pour maximiser notre capital ?". Ils ont, dans un premier temps, cherché à identifier les différentes sources de revenus. Ils en ont trouvé trois:

- le salaire,

- les rentes

- l'Etat, via les baisses d'impôts.

Ils ont, dans un deuxième temps, cherché à maximiser chacune des ces sources. Ils trouvé les solutions suivantes :

- pour avoir un salaire conséquent, il faut travailler dans une entreprise qui fait beaucoup de marge et où l'on peut fixer son salaire.

- pour avoir des rentes qui rapportent, il faut des entreprises qui distribuent beaucoup de dividende et où l'on peut fixer la part des dividendes.

- pour garantir que les rentes ne se déprécient pas il faut conserver une inflation très faible

- pour maximiser les baisses d'impôts, il faut infiltrer l'Etat.

C'est en appliquant ces réponses que les caractéristiques de l'économie MEDEF apparaissent.

Comme ce sont des personnes intelligentes, les têtes pensantes de l'organisation ont vite compris que l'économie de marché bien appliquée avait tendance à uniformiser les salaires, et donc ne leurs allait pas. En effet les travailleurs, qui par définition recherchent le meilleur salaire, vont vers les postes les plus rémunérés. Cette profusion de travailleur entraîne automatiquement une chute des salaires, ce qui conduit au final à une certaine uniformisation (pour rester conforme à la théorie, on est obligé de considérer que tout travailleur peut accéder à n'importe quelle formation sans entrave, sinon on sort du cadre théorique). Leur vision pragmatique a donc consisté à imposer un nouveau système tout en feignant de croire au système d'économie de marché.

Pour avoir des entreprises à fortes marges, il faut des entreprises avec des chiffres d'affaire important. Il faut aussi des entreprises en situation de monopole (ou quasi monopole). Enfin, pour être encore plus efficace, il faut sous-traiter à des entreprises qui subissent une concurrence très rude, car il ne faut pas que les sous-traitant profitent du monopole.

Pour pouvoir fixer son salaire il faut être PDG et avoir des amis qui siègent au conseil d'administration, car ce sont eux qui fixent le salaire du PDG.

Pour maximiser les rentes il faut les placer dans ces grandes entreprises monopolistiques, et il faut être en mesure d'imposer aux entreprises le pourcentage de dividende à verser. Comme c'est le conseil d'administration qui a plein pouvoir sur la gestion de l'entreprise, cela ne pose pas de problème.

Pour maîtriser l'inflation, il suffit d'utiliser son influence pour la création d'une banque centrale, coupée des politiques, dont le seul but est la maîtrise de l'inflation.

Pour garantir les baisses d'impôts, il suffit d'infiltrer une tendance politique. Cette tendance politique sera soutenue par les médias via l'autocensure. Car on ne critique jamais celui qui vous fait vivre, même si c'est un actionnaire que vous ne voyez jamais.

La pierre angulaire de ce système est bien sûr le secteur privé. Il est donc fondamental qu'il soit le plus large possible.

Le système économique MEDEF consiste donc à de grandes entreprises en situation de monopole qui ne produisent presque rien, mais à fort chiffre d'affaire car en fin de chaîne, des entreprises sans usines étant l'optimum pour s'affranchir des contraintes de la production. Cette dernière est sous-traitée à une myriade de petites entreprises, qui elles doivent subir l'économie de marché, la plus féroce possible (pas de protection sociale, pas de salaire minimum, pas de vacances, etc). Maîtrise totale de l'inflation, et utilisation du politique pour mettre en place tout ce système. Et nous voilà dans un système qui n'a rien à voir avec le système d'économie de marché.

Il ne faut donc pas s'étonner s'ils ne défendent pas toujours l'économie de marché, s'ils font tous partie de grandes entreprises, si ce sont tous actionnaires de grande entreprises, si ce sont les plus grands rentiers de France, si les affinités avec certaines tendances politiques sont étroites, si la privatisation est systématiquement demandée par le MEDEF, et si 80% de la plupart des marchés mondiaux sont détenus par moins de trois entreprises multinationales.

Il est grand tant de dénoncer ces imposteurs. Comme la Droite est prise entre la naïveté et le consentement, il revient à la Gauche de promouvoir un vrai système d'économie de marché maîtrisé, qui place l'Homme avant le marché, avec des régulateurs qui permettent de compenser les imperfections du marché (aucun marché n'est parfait en pratique) et surtout qui permettent de protéger l'Homme quand le marché va à l'encontre de l'intérêt général (salaire minimum, protection sociale, retraite par répartition).

Si le pays n'arrive pas à sortir du système économique MEDEF, il y aura alors forcément de nouvelles périodes troubles, car le terrain actuel est très fertile au populisme. Le libéralisme est au bord de l'arrêt cardiaque, car l'idéologie est de moins en moins soutenue par les citoyens, qui sont malheureusement dupes de l'imposture du MEDEF.

Le marxisme a été enterré avant d'être appliqué, le libéralisme risque bien de subir à peu près le même sort. Ce serait alors un retour inéluctable aux systèmes totalitaires.