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14/06/2006

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Après l'Europe, la Pangée *


L'Europe est en crise. Les citoyens ne lui font plus confiance, les politiques sont très divisés sur son avenir et sur ses frontières. Désormais le nationalisme a pris le relais de l'utopie européenne. Pourtant, ce rapprochement pacifique d'états reste un cas unique dans l'histoire. Il s'agit donc d'essayer de comprendre les qualités et défauts de la construction européenne, afin d'entrevoir comment elle pourrait se relancer.

Après les terribles guerres qui se sont déroulées sur le continent, le premier défi de l'union Européenne était de maintenir la paix entre des ennemis héréditaires. Le constat est sans appel : la construction Européenne a été - et est toujours - un moyen d'une efficacité inégalée de maintient de la paix sur le continent. Même la terrible secousse des Balkans n'a pas ébranlé le rapprochement des grandes puissances anciennement rivales.

Ensuite, même s'il est vrai que les systèmes politiques des pays européens ne sont pas la panacée – notamment à cause des tendances ploutocratiques -, il est indéniable qu'en terme de libertés individuelles, ces systèmes sont bien meilleures que les dictatures nationalistes ou communistes. Comme ce constat est aussi partagé par la grande majorité des citoyens extérieurs, l'Europe a généré une formidable capacité d'attraction sur son voisinage. C'est cette « force douce » qui a permis de faire tomber les dictatures, pacifiquement, les unes après les autres. L'Europe a ainsi été un moyen de diffusion du système démocratique occidental remarquablement efficace.

En ce qui concerne les résultats macro-économiques, le bilan est plus mitigé. On constate que les pays riches qui ne sont pas entrés dans l'Union sont restés prospères et que les pays qui n'ont pas intégré l'Euro s'en sortent globalement mieux. Par contre les états qui étaient relativement pauvres au moment d'entrer dans l'Europe ont connu des rattrapages spectaculaires.

Mais de nombreux aspects sont restés décevant. Les échanges culturels entre Européens sont restés limités, les inégalités économiques se sont renforcées à l'intérieur des pays, et les technocrates européens, au nom du libéralisme, ont été incapables de proposer des protections aux citoyens. L'abandon des populations les plus fragiles, dont le nombre n'a cessé de croître du fait de la mondialisation, a mécaniquement engendré une recrudescence de nationalisme et de xénophobie. Il n'en fallait pas plus pour que « l'euro-scepticisme » devienne majoritaire.

A notre sens, l'erreur principale commise lors de la construction Européenne aura été la foi dans le commerce. Car contrairement à une idée reçue fortement répandu, le commerce n'adoucit pas les moeurs. C'était peut être vrai du temps de Voltaire, quand le commerçant prenait la peine d'apprendre la langue du pays dans lequel il vendait. Aujourd'hui, avec le « globish » et Internet, les actes commerciaux sont entièrement déshumanisés. Or ce sont au contraire les échanges culturels et en particulier l'apprentissage d'une langue étrangère qui construisent des citoyens peu craintifs, et ouverts sur le monde. L'Europe s'est beaucoup trop endormie sur ce point en limitant les échanges à des catégories privilégiées et en luttant trop faiblement contre la suprématie de l'Anglais.


Partant de ces constats il s'agit d'esquisser les contours d'une future Europe.


La construction européenne a donc été un formidable vecteur de paix et de démocratie pour les pays. A l'heure de la mondialisation il serait profondément regrettable de ne pas en faire profiter le reste du monde. Tout pays qui le souhaite doit pouvoir être intégré, il ne faut donc plus parler d'Europe mais de Pangée. C'est la solution la plus réaliste pour résoudre le conflit Israélo-Palestinien, pour ruiner la théorie du choc des civilisations, pour réintégrer l'Iran dans la communauté internationale, pour ramener la Russie et la Chine vers la démocratie, pour résoudre les nombreux différends territoriaux, ou encore pour apporter des droits à tous les travailleurs de la planète. En jouant sur sa capacité d'attraction, la Pangée doit progresser afin de faire tomber les dictatures, renforcer les droits fondamentaux et rapprocher les peuples autour d'un socle de valeurs communes.

Il s'agit donc de repartir sur une nouvelle constitution. Une constitution démocratique, écologique, sociale, orientée sur les échanges culturels et garantissant les libertés individuelles et la diversité des peuples. Une langue neutre telle que l'Espéranto, sera utilisée pour que tous les citoyens puissent communiquer entre eux, et l'apprentissage d'une seconde langue sera obligatoire - avec échange scolaire systématique. Une grande diversité de langues sera proposée, et les élèves seront incités à effectuer des choix différents. Le rythme d'expansion de la Pangée devra être restreint, afin de limiter les perturbations engendrées par un nouvel arrivant : un pays tous les deux ans semble être un bon compromis, avec la possibilité pour les membres de l'Union Européenne de se rallier à tout moment. En deux siècles le monde sera unifié.


L'Europe est donc à un carrefour. Soit elle se replie sur elle-même dans un naufrage nationaliste, soit elle décide de se métamorphoser en Union Pangéene, en prenant en charge l'unification du monde dans la diversité.




* Pangée : supercontinent, rassemblant la quasi-totalité des terres émergées, qui a fini de se former au début du Permien.