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07/02/2006

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Le déclin de l'économie de marché



Peu après la chute des régimes communistes, il était difficile de ne pas prédire un avenir radieux au système d'économie de marché – soit avec le coeur, soit à contre-coeur. Pourtant, seulement deux décennies plus tard, l'effritement de l'idéologie s'accélère, au point que la recherche de voies alternatives rallie chaque jour de plus en plus de personnes.


Pour essayer de cerner les raisons de ce déclin, on serait tenter d'incriminer les contradictions induites par la théorie, comme par exemple le paradoxe du choix du système. En effet, le principe de base de l'économie de marché est que tout est marché ; le choix du système économique est donc aussi concerné. Or, comme tout marché, il ne peut fonctionner en situation de monopole. Ainsi, d'après la théorie, un monde régulé où seule l'économie de marché serait présente ne peut exister. La mondialisation néolibérale serait donc le bourreau du système qui l'a enfantée.


Mais, ne nous précipitons pas. Mis à part quelques économistes narcissiques qui pensaient avoir complété les lois de l'univers en y ajoutant la théorie économique, ce n'est bien sûr pas le manque de perfection d'un système théorique qui puisse gêner l'espèce humaine. L'imperfection des modèles est d'une telle banalité, que l'Homme a toujours su adapter les théories à la vie réelle.


L'analyse de la théorie de façon isolée est donc plutôt stérile. Par contre, l'impact engendré par la doctrine sur les comportements humains laisse apparaître les racines du déclin. Car s'il suffit à chaque individu d'obéir uniquement à ses besoins propres pour réguler les marchés, et donc la Cité, l'Homme se retrouve complètement libéré de ses devoirs. Les comportements égocentriques, affranchis de toutes contraintes extérieures, sont légitimés. Grâce à son bouclier du marché, l'individu n'est plus responsable des conséquences de ses actes. C'est donc une institutionnalisation de la lâcheté humaine - le culte de la fuite - et le succès du système provient vraisemblablement de sa capacité à rendre caduques toutes contraintes externes. Il devient donc légitime de s'interroger, étant donné le contexte de son apparition, si cette idéologie n'est pas une réaction afin de contrer les avancées égalitaristes de la fin du XVIIIième siècle (déclaration des droits de l'Homme et abolition de l'esclavage). Mais laissons de coté cette idée, et considérons que le but était de s'émanciper des contraintes induites par la Cité.

L'économie de marché permet donc d'abandonner le choix public pour se concentrer uniquement sur le choix privé. Or l'Homme est un animal social, c'est à dire qu'il a besoin de Politique, au sens large. Besoin de comprendre le sens des actes de ses ancêtres et d'oeuvrer pour définir l'avenir de ses descendants. Et ce sont justement les choix publics, fruit du Politique qui tracent la route. Se pensant libéré, homo oeconomicus a détruit le pilier central du sens de son existence, en rompant le cordon qui le liait à la cité passée, présente et future. Le remède devient alors pire que le mal engendrant notamment une hyper angoisse. Quand on est né pour payer une retraite, que l'on vit pour assouvir ses pulsions et que la seule forme de communication connue soit la vente et l'achat, c'est l'angoisse liée au vide dans lequel on erre qui prédomine. C'est avec des artifices que homo oeconomicus essaye piteusement de se redonner du sens : accumulation sans limite de capitaux, de bien matériels, recherche insatiable de célébrité ou encore dans un hédonisme aliénant. Or c'est en affrontant le Politique de face que l'Homme retrouve toute sa place. Car chaque fois qu'il laisse le marché agir, c'est une fuite de ses responsabilités, c'est un renoncement. Pour chaque marché, il faudrait une forme de Politique.


C'est parce que l'économie de marché a vidé l'Homme de sa substance, qu'elle décline et ne pourra pas survivre, à notre sens, dans les années qui viennent. Même des systèmes politique à tendance liberticide comme la théocratie, ne devrait pas avoir de mal à s'en débarrasser. Reste à savoir quelles seront les formes du Politique du monde de demain, en espérant que les citoyens seront appelés à participer à leurs élaborations et à leurs fonctionnements.