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28/09/2015

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Comment passe-t-on de la croyance à la violence ?


On observe aujourd'hui une recrudescence des combats au nom de dieu. Des personnes sont assassinées, non pas pour ce qu'elles font, mais pour ce qu'elles sont. Comment un croyant, à priori pacifique, peut-il sombrer dans un tel extrémisme ?



Pour comprendre ce phénomène, il s'agit dans un premier temps d'analyser le processus qui mène à la croyance.

Dans le monde scientifique et rationnel, une incertitude est représentée par une probabilité. Une probabilité n'indique pas qu'une proposition soit vraie ou fausse, mais qu'elle est possible et plus au moins réalisable. Ainsi, si on jette un dé non pipé à six faces, la proposition « je vais faire un six » n'est ni vraie ni fausse, elle est juste possible avec un probabilité de un sixième.

Il semblerait que l'Homme ait quelques difficultés à appréhender les incertitudes, souvent génératrices d'angoisses. Cette caractéristique varie selon les individus, en fonction de leur éducation et de leur environnement, mais, de la même façon que l'Homme recherche une sécurité physique en se protégeant de l'environnement extérieur, il a aussi tendance à rechercher une certaine sécurité psychologique en s'affranchissant des incertitudes, via la croyance. Une croyance est, en effet, l'aboutissement d'un processus volontaire qui va transformer une incertitude en certitude. C'est donc par définition un processus anti-rationnel et qui dépend uniquement de la volonté de la personne. De même, comme la pensée est inaliénable, l'abandon d'une croyance dépend uniquement de la volonté de l'individu. Ainsi, en reprenant l'exemple du dé, et en imaginant que l'issu du jet soit impossible à connaître, Jean veut que la proposition « je vais faire un six » soit vraie, Jean devient alors croyant.

Lorsqu'une même croyance rassemble plusieurs personnes une doctrine émerge, une autorité apparaît, la croyance prend alors une dimension politique et culturelle. Néanmoins les fondements de cette doctrine demeurent très fragiles, car basés sur des paradigmes non rationnels. La survie de cette croyance dépend donc uniquement de la volonté de ses sujets, souvent liée à la capacité des autorités à perpétuer la croyance.

L'Histoire illustre le tropisme de l'Homme pour les croyances, en particulier pour expliquer ce qu'il ne comprend pas. Si cette distorsion de la réalité permet de se rassurer, elle ne va pas être sans conséquences. En effet, comme une variable aléatoire peut prendre différentes valeurs, rien n'empêche d'autres personnes de croire en d'autres valeurs. Ainsi, en conservant l'exemple du dé dont l'issu du jet est impossible à connaître, Amine peut devenir croyant de « je vais faire un cinq » et Sarah de « je vais faire un quatre ».


Il existe donc une certaine incompatibilité, précarité et concurrence entre les croyances. Pour les autorités d'une doctrine, il s'agit donc de mettre en place un ensemble de mesures pour garantir la pérennité de l'édifice. Ces mesures s'articulent autour de quatre directions.

Un premier axe concerne l'isolement. Il s'agit de limiter les contacts extérieurs qui pourraient être subversifs en promouvant une vie communautaire. Par ailleurs il faut aussi veiller à absorber les chocs extérieurs, comme les avancées de la science, pour anticiper les contradictions éventuelles.

Ensuite un deuxième domaine concerne l'éducation. Il s'agit de baigner les enfants dans la doctrine pour qu'ils soient peu enclins à en sortir à l'âge adulte.

Un troisième axe, uniquement valable pour les croyances où la conversion est possible, concerne le prosélytisme. Il s'agit de pousser à la conversion les individus non croyants, en utilisant tout type de moyens, du traditionnel missionnaire aux média modernes comme Internet.

Enfin, le dernier domaine concerne la fusion de la vie culturelle avec la doctrine. Il s'agit ici d'associer la croyance à la vie sociale et culturelle, en déléguant à la doctrine la gestion des nombreux événements de la vie (naissance, mort, jours chaumés, récoltes, catastrophes naturelles). Dans ce contexte la sortie de la doctrine est plus difficile, car elle devient synonyme d'exclusion sociale.


Ces différentes mesures tendent à rentre le monde extérieur relativement anxiogène pour le croyant. Il apparaît ainsi un certain paradoxe pour les croyances, car, initialement prévues pour limiter l'angoisse liée aux incertitudes de l’existence, elles recréent une angoisse associée cette fois au monde extérieur profane.

L’intensité de cette angoisse varie selon les croyants et engendre différents types de comportements.

Première possibilité, l'angoisse du croyant vis à vis du monde extérieur est nulle. Dans ce cas il possède une foi inébranlable, il ne craint en rien les contacts et les débats avec l'extérieur, les convictions exposées peuvent même semer le trouble dans l'esprit des profanes.

Deuxième possibilité, l'angoisse du croyant est modérée. Le croyant va alors adopter un comportement conservateur pour se protéger en se repliant sur sa communauté. La vie en proximité de profanes est parfaitement pacifique, mais les débats sur des sujets sensibles sont généralement évités.

Enfin, dernière possibilité, l'angoisse du croyant est forte. Ces personnes, fragiles et influençables, sont peu sûres de leurs convictions et ont tendance à adopter des comportements moutonniers. Ils savent que leur croyance repose sur une incertitude, mais ils ne peuvent l'admettre consciemment. Ils se sentent en danger en présence de nombreux profanes et tentent de se protéger du monde extérieur en se repliant sur eux-mêmes, en réalisant un prosélytisme agressif, ou encore en effectuant de la surenchère conservatrice au sein de leur communauté. De plus, chez une toute petite minorité de ces croyants, cette négation de l’altérité dérive en destruction de l'altérité. Commence alors un cycle de violence contre le monde profane, et parfois même contre certains membres de sa propre communauté, qui peut aboutir à des meurtres ou à des appels aux meurtres si le croyant exerce un poste important au sein de l'autorité du dogme.

Ce sont donc les croyants les plus faibles, c'est à dire ceux dont la volonté de croire pourrait s'effondrer face à un peu d'altérité, qui sont le plus susceptibles de sombrer dans la violence extrême, passant ainsi de la croyance à la violence.



La croyance est donc l'aboutissement d'un processus volontaire, non rationnel, qui va transformer une probabilité en certitude. Afin de préserver cette volonté, les autorités du dogme vont créer un cadre, plus ou moins anxiogène pour les croyants, qui va engendrer chez une infime minorité une attitude violente vis à vis du monde profane. Il est donc fondamental que ces autorités agissent pour éviter que ces personnes ne sombrent dans un intégrisme destructeur. La république doit aussi participer à cette prévention, en gérant convenablement les contradictions induites par une société multi-confessionnelles. Dans cette optique, elle doit garantir la liberté de croire tout en cantonnant la croyance dans la sphère strictement intime, débarrassée de toute ambition politique – ce qui pourrait être une bonne définition de la laïcité.