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03/03/2015

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Attentat de Charlie Hebdo, décryptage à froid

Chapitre 2 : Comment fonctionne l'intégrisme


Les terribles événements de janvier ont malheureusement illustré des comportements intégristes. L'objectif de ce chapitre est d'essayer de comprendre comment fonctionne l'intégrisme en analysant les buts recherchés et les moyens mis en œuvre, afin de mieux cerner les pièges à éviter.


Des intégristes d'un caractère α, sont des personnes qui possèdent une vision sectaire de ce caractère, c'est à dire à la fois totalitaire et xénophobe. Totalitaire car ils vont se considérer comme les seuls détenteurs de la définition du caractère, applicable à tous ; xénophobe car les personnes vivant en dehors de cette définition seront discriminées. Le caractère α, qui peut provenir d'une analyse objective ou subjective, est transformé par les intégristes en vérité absolue.

Ce comportement sectaire provient d'une difficulté mentale à accepter la réalité du monde, jugée trop complexe et anxiogène. Pour se libérer de cette angoisse, l'intégriste va recréer un monde simplifié à l’extrême, en le définissant uniquement par rapport au caractère α. Cette hyper-focalisation lui permet de se rassurer et de s'affranchir du fardeau de l'âge adulte, en restant bloqué dans un stade mental enfantin et narcissique.

De peur d'être rattrapé par la réalité, les intégristes vont agir pour transformer leur monde imaginaire en monde réel, en tentant d'imposer leur vérité absolue à tout le monde. Deux axes sont privilégiés. Le premier axe consiste à forcer les personnes possédant le caractère α, mais qui le considèrent comme mineur, à se rallier, c'est à dire à ce que le caractère α devienne l'élément majeur de l'identité de la personne, devant sa citoyenneté. Dans cette perspective, ils vont agir pour polariser très fortement la société autour du caractère α. Le deuxième axe consiste à s’accaparer l'exclusivité de la définition du caractère, en s'attaquant frontalement aux autres définitions.

Pour parvenir à leur fin, deux armes sont utilisées. La première arme consiste au lancement d'une campagne de propagande, qui va réduire tous les événements autour du caractère α. Elle s'appuie aussi bien sur des faits réels, exagérés ou fantasmés. Cette campagne va générer une contre-campagne du camp adverse, portée par des intégristes ennemis, mais alliés objectifs pour polariser la société. Il y a, en effet, une réelle convergence d'intérêt entre intégristes ennemis. La deuxième arme concerne la réalisation d’attentats, soit pour se débarrasser directement des modérés de son propre camp, soit pour renforcer la polarisation de la société.

Ainsi, quand le caractère α devient une composante fondamentale de l'identité et que les intégristes sont perçus comme les seuls détenteurs et défenseurs du caractère, ces citoyens, dépossédés de leur libre arbitre, s’aliènent aux intégristes et se laissent imposer leur lecture sectaire. Comme cette dérive intégriste génère une autre dérive intégriste opposée, à partir d'un certaine seuil de contamination de la société, la guerre civile devient difficilement évitable.

Le combat contre l'intégrisme revêt donc plusieurs facettes. Il s'agit d'abord d'aider les citoyens à rester libre, les intégristes n'étant que des esclaves qui, par lâcheté, ont abandonné leur liberté à un despote. Ensuite, il faut minimiser l’importance du caractère α sur l'identité des personnes, en plaçant toujours la citoyenneté au dessus de ce caractère, en évitant la ghettoïsation des populations, en ne laissant jamais croire que des personnes ou des institutions puissent représenter tous les citoyens possédant ce caractère. Enfin, il faut éviter tout amalgame et laisser la justice traiter ces actes, heureusement isolés.

Ces combats sont l'affaire de tous car chacun peut, dans les discussions de tous les jours, participer à éviter les pièges tendus par les intégristes. Des paroles raisonnables, dites avec conviction par un grand nombre de citoyens, seront la meilleure arme pour faire reculer l'intégrisme.


Ces explications étant assez abstraites, il semble utile de les illustrer via un exemple concret, en prenant le caractère « manger des confiseries MnM ».


Les premiers intégristes apparaissent et définissent leur doctrine : « les MnM sont les seules confiseries acceptables, basées principalement sur des noisettes, elles sont moins néfastes pour la santé et limitent l'exploitation humaine dans les plantations de cacao ».

Au début la population écoute ces personnes avec indifférence ou amusement. Une minorité de consommateurs est quand même troublée, et privilégie consciemment ou inconsciemment l'achat de MnM.

Les intégristes lancent alors une vaste campagne qui permet de recruter quelques partisans : « Cette société vous maintient dans la misère. Misère matérielle, à cause de ce modèle économique qui génère des inégalités insupportables et vous oblige à survivre, misère spirituelle, où des élites corrompues au mœurs abjectes, non seulement ne font rien pour vous aider, mais profite de leur position pour vous dépouiller du peu qu'il vous reste. Vous n'aurez jamais votre place dans cette société dévoreuse de Chamalou. Mangeurs de MnM, rejoignez nous, consommez seulement les confiseries MnM pour vous libérer de ce système ». Une riposte s'installe, portée par le gouvernement, une grande partie de la classe politique et relayée massivement par les media « non aux extrémistes, non aux aux discours radicaux, soyez libres de manger ce que vous voulez ». Néanmoins cette campagne est entachée par un scandale, un journaliste révélant que le premier ministre, surpris par ailleurs avec deux prostituées mineures lors d'un voyage, est le principal actionnaire d'une grande multinationale de confiseries dont le siège social se trouve dans un paradis fiscal. Dans le même temps, un nouveau mouvement, privilégiant les confiseries nationales, émerge et aboutit rapidement à la création d'un nouveau parti, le PNC, le Parti National pour les Chamalous. Il s'oppose frontalement aux partisans MnM même s'il dénonce aussi la décadence de la classe politique. De nombreux artistes et intellectuels lancent des appels à la raison, et l'immense majorité des citoyens trouvent ces querelles ridicules. Pour apaiser les tensions, des institutions sont créés pour représenter les communautés.

Quelques mois plus tard, un homme achetant des MnM est roué de coups dans un supermarché. Gravement blessé, il restera hospitalisé plusieurs semaines. Lors du procès, la justice juge que l'achat a été réalisé de façon ostentatoire et provocatrice, les auteurs de l'agression sont donc relaxés. Les extrémistes MnM dénoncent un « appareil d’État complètement infiltré par les anti-MnM ». Six mois plus tard, un chanteur modéré pro-MnM, qui avait appelé au dialogue et à la fraternité, est assassiné. L'année suivante, le jour anniversaire de l'agression du super marché, une femme avec des Chamalous dans son caddie, est abattue. Le procès révélera que le meurtrier avait des troubles psychologiques, il sera interné dans un hôpital psychiatrique. Pour contenir l'émotion suscitée, le gouvernement se lance dans une politique sécuritaire. Les consommateurs de MnM seront désormais fichés, mais cette politique répressive génère de nombreuses bavures qui resteront peu sanctionnées. En réaction, une milice MnM commence peu à peu à voir le jour et les institutions représentatives se rapprochent des thèses extrémistes. Par ailleurs, la situation économique des classes populaires se dégrade encore, le chômage poursuivant son ascension, et, dans le même temps, les banques dégagent des dividendes records.

Dans ce climat délétère un responsable politique pro-Chamalou, prônant la réconciliation nationale et un nouveau partage des richesses, est assassiné. L'enquête avance rapidement et le coupable, un extrémiste pro-Chamalou est arrêté. Néanmoins une autre thèse se répand dans la société, expliquant que « cet assassinat serait l’œuvre d'extrémistes MnM protégés par un appareil d’État infiltré ». Les incidents xénophobes et les règlements de compte se multiplient dans les deux camps. Avec 15 % des citoyens soutenant les extrémistes MnM et 25 % soutenant les extrémistes Chamalou, le pays se retrouve au bord de la guerre civile. Pour éviter le pire, l'ONU lance une vaste conférence pour la réconciliation. Après d’âpres discussion, un compromis qui instaure une politique de quota dans tout les domaines de la société est conclu. Ainsi, pour chaque entité juridique, et en particulier pour les différents corps de l'état, un quota est défini entre MnM et Chamalou. Par exemple la présidence doit être détenue par un Chamalou, et le poste de premier ministre doit revenir à un MnM. Les tensions s’apaisent, la république est sauvée, les élites se félicitent. Néanmoins, les 60 % de citoyens qui ne se reconnaissaient dans aucun camp, se retrouvent obligés de choisir. Certains le font par affinité, d'autres en se replongeant dans la généalogie, ou d'autres encore par simple tirage au sort.

Trois ans plus tard, les partis communautaires dominent largement la scène politique. Via un lobbying très actif, ils arrivent à faire interdire toutes les autres confiseries. Les écoles multi communautaires s'effacent au profit des écoles communautaires. Les quartiers, lentement mais sûrement deviennent de plus en plus homogènes. Les mariages mixtes ont presque complètement disparus. Un an plus tard, les partis pro-Chamalou remportent les élections, et profitent de leur pouvoir pour marginaliser les pro-MnM. Ces derniers réalisent qu'ils ne pourront jamais gagner les élections car ils sont minoritaires dans le pays (environ de 40 % de la population). Un nouveau cycle de violence démarre et, après plusieurs massacres, le pays sombre définitivement dans la guerre civile. Six ans plus tard, un accord de paix est trouvé et entérine la partition du pays. Les chefs de guerre intégristes de chaque camp conservent le pouvoir acquis pendant la guerre et instaurent, de part et d'autre de la frontière, des régimes totalitaires.

Malgré une surveillance policière féroce et des conditions de vie toujours très difficiles, une majorité de citoyens, galvanisés par la propagande, remercient leur dirigeant de vivre à nouveau en paix et de les protéger de l'infâme ennemi d'en face. Certes, il y a des rumeurs comme quoi, lors de soirées privées, les dirigeants des deux pays se goinfreraient de MnM, de Chamalou et même de confiseries étrangères. Ils posséderaient des fortunes colossales, cachées dans des paradis fiscaux. Mais ce ne sont que des mauvaises rumeurs…