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26/05/2003

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Anti-guerre, soyez fièrs

Le gouvernement Britannique a souvent justifié sa position sur l'Irak en affirmant qu'elle lui permettait d'infléchir plus facilement M. Bush. Si les légères concessions Américaines faites aux britanniques ont été largement commentées, on n'a pas lu grand chose sur l'influence des anti-guerre sur l'administration Américaine. Essayons de réparer cet oubli.

Pour bien comprendre l'influence des anti-guerre il faut remonter avant l'élection de M. Bush, et particulièrement pendant la campagne présidentielle. On trouve en effet au programme des républicains, une proposition de renversement du régime Irakien, à la fois pour des raisons économiques (armement et pétrole), des raisons politiques (S. Hussein a osé défier l'ordre Américain), et des raisons plus personnelles (finir le travail de papa). La gestion de l'après S. Hussein prévu par les républicains est dans la continuité de la politique étrangère Américaine : mise en place d'un régime ami, mais d'un régime fort.

Après les attentats du World Trade Center il devenait très simple de justifier la guerre au peuple Américain via le concept de guerre préventive. De plus fort de leur succès en Afghanistan, les militaires étaient en confiance. Ainsi tranquillement mais sûrement l'Amérique préparait la guerre contre un pays ruiné par son despote, affamé par 10 ans d'embargo et désarmé par les inspecteurs de l'ONU, ou, pour être plus précis, principalement par la CIA -ce qui doit être d'ailleurs un des rares succès de la CIA. Dans ce contexte, il aurait fallu beaucoup d'imagination à l'administration Bush pour savoir ce qui pourrait les perturber dans leur plan. Et pourtant, si les problèmes n'allaient effectivement pas venir de leurs ennemis, ils allaient venir de leurs alliés.

C'est ainsi que pour la première fois, des pays alliés se sont fait les porte-paroles de la contestation mondiale contre la politique étrangère Américaine. Parti de la gauche, la contestation a finalement atteint la droite française, et les tensions n'ont alors pas cessé de monter entre les deux côtés de l'Atlantique. Les maladresses de l'administration américaine, qui au lieu d'un discours diplomatique a plutôt joué la carte du "mais pour qui vous-prennez vous ?", n'a fait que renforcer le camp des anti-guerre, et en particulier des partis patriotes. Ainsi en minimisant le problème dès son début (la France s'alignera à la fin, comme d'habitude) et en essayant de résoudre le problème par la manière forte (attention aux sanctions), l'administration américaine n'a fait qu'aggraver son cas. Et ce n'est que tardivement que le gouvernement a réalisé que le procès de la politique étrangère américaine était sur le point de commencer, l'issue risquant d'être fatale à l'Amérique. Le danger vient surtout de l'Allemagne, île de résistance de gauche en Europe, qui a été élu sur le thème de l'immoralité de la politique étrangère américaine (pas de guerre pour du pétrole). Le grand déballage commence, avec M Fisher qui fait des annonces officielles assez fracassantes. On commence aussi à parler au journal de 20h de chefs d'états assassinés par la CIA, du soutient accordé pendant des années à de nombreux dictateurs, et en particulier à S. Hussein. C'est bien sûr du jamais vu. La contestation s'amplifie aussi au Etats-Unis avec le diabolique M. Moore. L'Amérique est alors au bord de la catastrophe : le gouvernement Allemand est tout près de devenir le procureur général du procès sur la politique étrangère Américaine.

Prenant conscience de l'énorme danger qui menace, l'administration américaine, très certainement prise en main par le département d'état, va alors faire preuve d'une très grande capacité d'adaptation, en modifiant complètement sa stratégie. Cette nouvelle stratégie est principalement basée sur trois axes.

- Le premier axe consiste à prendre le mouvement contestataire à contre-pied. Ainsi du jour au lendemain, il n'est plus question de guerre préventive, mais de libérer un peuple contre un terrible dictateur, et d'instaurer un régime basé sur le modèle occidental. On est donc passé d'une vision traditionnelle de la politique étrangère américaine, à une vision plutôt humanitaire (au moins dans le discours). Le gros avantage de cette nouvelle justification est que l'objectif ne peut plus être critiqué, seul la méthode peut l'être. Le gros inconvénient est qu'il va à l'encontre des intérêts économiques, car autant il est relativement facile de maîtriser un dictateur, autant il est quasiment impossible de maîtriser un peuple. Ainsi, soit les Américains prennent le risque d'abandonner leur beau discours une fois la guerre finie, mais le danger est grand de voir la contestation augmenter, soit ils suivent à peu près leur discours et dans ce cas ils sont obligés d'attendre longtemps avant d'autoriser la première élection, afin de garantir que le vainqueur soit un allié. Cette deuxième solution s'annonce très ardue car une guerre est toujours la plus mauvaise solution pour reconstruire un pays, la chute brutale d'une dictature entraînant l'arrêt du fonctionnement de l'Etat pour une période assez longue.

- Le deuxième axe consiste à dissuader le gouvernement Allemand de devenir le porte parole de la contestation mondiale. Comme un affrontement de face risquait d'avoir l'effet inverse, c'est fort intelligemment que l'Amérique va s'en prendre à un gouvernement de droite, la France en l'occurrence et uniquement à la France. Quand dix soldats veulent déserter, mieux vaut en fusiller un que de les blesser tous. L'excuse du véto est bien sûr ridicule, dans le sens où de toute façon, et comme pour le Kosovo, la Russie et certainement la Chine aurait voté contre. On assiste alors a une incroyable campagne anti-française dont le but principal est de terrorisé l'Allemagne.

- Enfin le dernier axe consiste à une prise de position ferme des démocrates en faveur du gouvernement républicains pour marginalisé les anti-guerres et en particulier M. Moore. Ainsi du jour au lendemain, on voit des démocrates sur les différentes télévisons annonçant leur incompréhension par rapport à la position du mouvement anti-guerre.

La nouvelle stratégie Américaine va être d'une très grande efficacité, ceci étant principalement dû à l'incapacité du mouvement anti-guerre à se réadapter. Là où il aurait fallu rebondir, "M. Bush demande un changement de régime ? Très bien nous allons étudier comment changer de régime en douceur via une nouvelle résolution de l'ONU", M. Chirac restera rigide comme un piquet "M. Bush parle de changer de régime ? L'objectif actuel est le désarmement de l'Irak". De son coté l'Allemagne regardera son voisin souffrir de la démagogie Américaine sans rien dire, certainement terroriser à l'idée de voir les Américains utiliser l'époque nazie pour discréditer l'Allemagne.

C'est ainsi que la fin du feuilleton diplomatique et le dénouement de la guerre semble avoir plongé les anti-guerre dans la morosité. Or il ne faut pas. Même si la guerre n'a malheureusement pas pu être évitée, il faut quand même se réjouir qu'un dictateur soit tombé, et en plus tombé rapidement. Ensuite c'est grâce à la formidable pression des anti-guerre, que l'Amérique a développé une vision humanitaire pour l'Irak dans son discours. Il est donc impératif que le mouvement anti-guerre continue à mettre la pression sur l'Amérique, sans quoi elle ne se privera pas d'abandonner ses beaux discours. De plus il faut profiter du discours Humanitaire pour faire évoluer le droit international. Par exemple pourquoi ne faire voter une résolution à l'ONU qui interdit à une personne de diriger un pays plus de 14 ans, sous peine de sanction économique ? Pourquoi ne pas en profiter pour faire signer un traiter d'élimination progressive des armes de destruction massive pour tous les pays (Etats Unis y compris) ? Pourquoi ne pas en profiter pour modifier l'ONU pour avoir comme membres permanent tout pays ayant la liberté d'expression avec des représentants élu légalement depuis 20 ans ? Pourquoi ne pas en profiter pour supprimer le droit de véto ? Pourquoi ne pas définir une feuille de route pour l'Irak en proposant une constitution, laïque bien sûr, et en définissant une date d'élection ? L'Amérique se proclame tellement morale, qu'un moyen simple de la contrer est de proposer des actes moraux qui va à l'encontre de ses intérêts.

L'influence des anti-guerre a donc été importante sur le comportement de l'administration Américaine car elle a permi de passer d'un discours préventif calqué sur l'Afghanistan à un discours humanitaire. Mais il ne faut pas s'arrêter en si beau chemin, la pression doit continuer à s'exercer pour que ces discours ne restent pas que des discours et qu'une libération ne se transforme en colonisation. Car ce serait faire le jeu des républicains.

T.M.